Pétrole

photos © Marikel Lahana

EFFLEUREMENT

ASJA SRNEC TODOROVIC 

Fauteuils, bacs et miroirs. Dans ce salon de coiffure un peu miteux, Bouboule s’affaire autour de sa mère, alanguie là. Shampoing, teinture et soin. Puce est aussi ronde que Bouboule est longue. Effleurement des peaux, évitement des regards, halètement des souffles, frôlement des mots. La radio grésille, bavasse et chante The man I love. Les voix et pas des voisins du dessus cherchent un gamin, perdu. Bruits incessants et pannes de courant. Face à la vitrine et à nos regards, dans cette chambre rouge, elles balbutient des bribes de vie : ce Centre où travaille Puce et où ne veut aller Bouboule, ce Dédé violent adoré, les secrets bien scellés. 

 

« Dans leur éternelle soumission – à leur environnement, aux hommes, figures cruelles, mais aimées – apparaît l’impossibilité pour ces femmes de sortir de l’enfermement. » À travers le geste chorégraphié de la coiffure – une véritable performance pour les deux actrices – le toucher est « tentative et échec du contact, effleurement sensuel et destructeur » qui, depuis la surface, incise les profondeurs : maternité, maltraitance et misère. Clara Chabalier met en scène le texte inédit en France de la croate Asja Srnec Todorović publié en 1999, quelques années après l’éclatement du bloc communiste. « Comment pardonner sans oublier ? » S’il y a une réponse, peut-être se glisse-t-elle juste là, sous la peau.

Mélanie Jouen. 

Dates

2017

2016

2015

Sous la peau

Le shampoing, la teinture, la pause, la coupe, le séchage, sont les étapes d’une transformation à la fois physique et relationnelle. La coiffure est le cadre qui permet d’aborder des sujets difficiles, qu’on ne peut affronter de face, pour tenter de dépasser un passé douloureux. La mère n’est pas une cliente habituelle  : le toucher est électrique, le moindre effleurement porte en lui la possibilité du meurtre, ou de l’étreinte. Cette ambiguïté du toucher contient toute la pièce. L’extrême violence des rapports est contenue dans un frôlement, les personnages sont écorchés vifs mais continuent, malgré leurs blessures mises à nu par l’étincelle d’un regard, à faire bonne figure. La séance de coiffure devient une métamorphose pour, enfin, accepter le passé, et continuer à vivre. 

Presse

« Puce, Bouboule. La quarantaine, la vingtaine. Une mère et sa fille. Deux femmes aux noms de chien qui vivent comme elles peuvent leur chienne de vie. Misérabilisme ? Théâtre du quotidien en version hard déprime ? Nullement. L’écriture d’Effleurement, par la croate Asja Srnec Todorovic, est plus sinueuse, suggestive, plus mystérieuse. Joliment portée par deux actrices, Pauline Jambet et Caroline Darchen. Et mise en scène avec tact par Clara Chabalier ».

Jean-Pierre Thibaudat, Mediapart

Effleurement est une pièce où l’on plonge littéralement dans l’intimité du salon de coiffure. Le spectateur voit l’eau couler, entend souffler le sèche-cheveux et sent le parfum puissant du shampoing ou de la laque. Pauline Jambet et Caroline Darchen interprètent avec justesse les rôles de Bouboule et Puce, qui se fuient, se cherchent et se retrouvent. »
Valérie Coulet, L’union