Photos © Marikel Lahana
Elfriede Jelinek, Franz Schubert
Théâtre Musical
Sébastien Gaxie et Clara Chabalier revisitent le Voyage d’Hiver de Franz Schubert et Wilhem Müller, chef-d’oeuvre du romantisme allemand, pour dresser avec humour une fresque de la société contemporaine. Le voyageur errant se déploie en une multitude de portraits contemporains : les étendues glacées, les oiseaux rapaces, reflets de sa solitude et de son incapacité à s’intégrer, sont à présent des stations de ski, les réseaux sociaux, la télévision. Avec les nouvelles technologies, le voyage n’est plus un trajet dans l’espace : l’état d’arrêt du chômeur, la fuite forcée du migrant et l’errance du sans-papier sont mis en relation avec
l’immobilité de l’écrivain, l’amnésie du malade d’Alzheimer ou la séquestration de Natascha Kampusch – enfermée dans une cave pendant huit ans – et s’opposent à la consommation du touriste qui voyage dans les stations de ski sans que cela le « bouge ». Le voyageur est aussi bien celui qui cherche l’amour sur les réseaux sociaux, que le contribuable obligé de payer pour renouer les banques aux intérêts mafieux. Langage poétique et musical s’interpellent dans une forme hybride où chanteuse, comédienne et pianiste changent sans cesse de place, sans que l’on sache à l’avance jusqu’où nous emmènera ce chemin.
2019
2018
Nous pouvons aller à l’autre bout du monde sans être déplacé, on y retrouvera probablement les mêmes attractions touristiques. Nous naviguons à travers le monde avec nos smartphones et communiquons avec des êtres éloignés de milliers de kilomètres à la vitesse de la lumière. Au contraire, la musique bouge, (é)meut les gens, alors que précisément tout dans le récital conventionnel est statique : le piano est trop lourd pour être déplacé, le chanteur est coincé entre deux pots de fleurs, le spectateur de théâtre traverse la représentation depuis son fauteuil.
À travers sa propre immobilité d’écrivaine, qu’elle exprime avec « des mots empruntés à la marche », Elfriede Jelinek interroge notre capacité à nous déplacer, à bouger, notre volonté de changer, de nous bouleverser. Les 24 Lieder, évoqués ici en 8 tableaux, sont autant de stations pour le vagabond. Ce « là-bas » visé sans relâche par la marche propose un voyage autant physique que mental, où le chemin le plus direct n’est jamais le bon : il faut prendre le risque de se perdre. Du village vers l’étendue glacée, de la raison vers la folie, d’une vie de labeur vers l’éternel repos, le voyage est en lui-même le but. Être arrivé, c’est être mort.
« Le travail de Clara Chabalier – elle-même comédienne épatante – tend à ouvrir des fenêtres toujours inattendues sur le sens de la vie, questionnement élevé ou considération triviale. La musique de Sébastien Gaxie, inventive dans tous les registres, donne l’impression de chercher la bonne formulation scénique, du sketch de caf’conc’ (superbe trio façon slam) au numéro de comédie musicale ou d’opéra excentrique (monologue de la femme égarée, petit bijou de faux-semblants esthétiques).
» Un tonique chaud et froid de formes, de sons et de mots. Comme un voyage dont on aurait planifié toutes les étapes mais où rien ne se passerait comme prévu. Pour emprunter la célèbre formule de Lautréamont, c’est la rencontre entre le parapluie Schubert-Müller et la machine à coudre Jelinek. »
– Jean-Pierre Thibaudat, Mediapart
« Comme l’a fait Elfriede Jelinek avec la musique de Schubert, Clara Chabalier s’empare des mots de l’auteure autrichienne avec une liberté qui traduit un profond respect. Une admiration dont, chacun à sa manière, et en s’essayant aussi régulièrement aux disciplines des autres, Sébastien Gaxie et Élise Dabrowski se font aussi les relais. «
« Ironie, burlesque et ridicule de ces aventures humaines actuelles auxquelles l’inspiratrice de ce Voyage d’hiver, la comédienne joueuse Clara Chabalier accorde une dimension politique et poétique – cette attention autre et si précieuse à prêter au métier de vivre en parcourant les étendues sans fin d’une expérience inépuisable. Le voyage surréaliste dans ces contrées – hauteurs et chutes – trouve l’apaisement requis et le retour à soi via la voix d’Elise Dabrowski et le piano de Sébastien Gaxie. Un voyage fascinant entre sorties de route imprévues, comique et ironie joyeuse. »
– Véronique Hotte, HOTTELLO
« Dans cette création multidisciplinaire, tout est musique. Une bande son de type cinéma plante le décor. La voix de la chanteuse Elise Dabrowski épouse magnifiquement les vers de Müller. «
D’après « Winterreise (ein Theaterstück) » d’Elfriede Jelinek, traduction Sophie André Herre © Le Seuil
et les textes inédits « Moi l’étrangère » et « Sur Schubert », traduction Magali Jourdan et Mathilde Sobottke
Mise en scène – Clara Chabalier
Composition – Sébastien Gaxie
Avec – Clara Chabalier, Élise Dabrowski, Sébastien Gaxie
Scénographie – Franck Jamin
Création Lumière – Gildas Goujet
Création Vidéo – Jacques Hoepffner
Réalisation Informatique et Musicale – Franck Berthoux
Régie Lumière – Iannis Japiot
Régie Son – Serge Lacourt
Administration, Production – Mara Teboul (L’Œil Écoute)
Production – Compagnie Pétrole.
Coproduction La Pop – Incubateur des musiques mises en scènes, La Fondation Royaumont.
La cie Pétrole bénéficie de l’aide au projet de la DRAC Île-de-France – Ministère de la Culture et de la Communication
Avec le soutien de la Fondation Daniel et Nina Carasso, grand mécène de la Fondation Royaumont pour le soutien de l’émergence, la recherche artistique et le développement des artistes, d’Arcadi Île- de-France, du Fonds de Création Lyrique (SACD) et de la Spedidam.
Elfriede Jelinek est représentée par L’Arche, agence théâtrale.